Pourquoi Jacqueline, peintre du ciel et de la mer unit-elle ses toiles à des haïkus (très courts poèmes japonais de quelques syllabes) ? Il ne s'agit pas chez elle de snobisme mais d'une vraie rencontre avec une autre culture. Comme le feraient d'autres attirés par le yoga ou le bouddhisme, elle laisse libre cours à sa curiosité toujours en éveil, à son désir d'échange avec l'autre, semblable en cela à Antoine de Saint-Exupéry qui a écrit : "... mon frère, ta différence m'enrichit"
Loin d'être en repli sur elle-même et sur un art unique, elle nous invite donc à un échange entre deux moyens d'expression qui sont porteurs l'un et l'autre d'une même recherche et d'une même réflexion sur l'univers. En effet, en peignant sur ce format étroit le ciel et la mer toujours en mouvement, Jacqueline fait comme le haïkiste qui s'efforce d'écrire en concentré le monde en mutation et les aléas de la condition humaine. En ouvrant sa création à la culture et à la philosophie haïkistes, elle révèle sa propre philosophie et enrichit notre émotion.
Le Haïku est un court poème de 17 syllabes réparties en 3 lignes (rythme 5 - 7 - 5). Très concis, il doit être lu en une seule respiration et comporter, selon la tradition japonaise, un KIGO ou "mot de saison" qui situe de façon directe ou indirecte le moment de l'année (le KIGO peut être une fleur, un animal, un fruit, une saison, un événement...).C'est un instantané dans lequel le poète doit parvenir à immortaliser la nature qui l'entoure, un sentiment qui l'envahit, un souvenir qui lui est cher. Il doit être sublime de simplicité.
Voici quelques premiers conseils techniques pour composer un haïku :
Règles de mise en forme :
- Chaque ligne peut ou non commencer par une majuscule.
- Pas de rimes car elles n'existent pas dans les haïkus.
- Le compte des syllabes s'effectue comme suit : le e caduc ne compte pas en fin de vers. Ni entre 2 voyelles à l'intérieur d'un mot. Ni devant un mot commençant par une voyelle ou un h muet (sauf s'il est suivi d'un s ou de nt)
Exemple : les crépuscules blancs tiédissent sur mon crâne
(= 12 syllabes)
- L'auteur peut opter pour diérèse ou synérèse, c'est à dire compter 2 syllabes, 2 voyelles qui se suivent (plu-ie) ou les compter pour une seule syllabe (pluie).
- La ponctuation est quasiment réduite au point final. Mais virgule, point-virgule et tiret peuvent être utilisés pour marquer une césure.
Règles de style :
- Le haïku s'écrit au présent car il évoque le présent.
- Il privilégie l'infinitif tout en limitant le nombre de verbes. Limiter aussi les articles (pas d'article en japonais) et les qualificatifs de noms.
- Eviter les adverbes (mais certains ont une grande force émotionnelle poétique), les redondances (répétition d'une idée) et les métaphores (ex. : pluie d'étoiles).
- Par contre, les images sont importantes pour produire l'effet escompté (2 ou 3 images qui se complètent en étant mises en parallèle ou en opposition).
- La césure est amenée par cette interaction d'images : c'est une pause fugace qui offre une puissance suggestive complémentaire. Elle donne tout son sens au haïku.
Henri Chevignard (France) : Principes d'écriture du haïku.
Bon courage, voici quelques exemples, et vous pouvez aussi vous rendre sur le site de l'association française du haïku pour de plus amples informations : www.afhaiku.org
Mille neuf cent trente six
En danseuse sur mon vélo
Les congés payés.
Ma petite reine
En roues libres le nez au vent
Programme une chute ?
Souvenirs lointains
Un matin sur mon vieux clou
Les deux hirondelles
J.C.
Et il tape
J'en ai plein les bottes
Mon soulier
A bout de ses rêves
Il construira la maison
A quelques traits près
Quand c'est la saison
Il s'en va entre les arbres
Tous de bonnes tailles
M.M.